Le débourrage des feuillus s’emballe avec la température clémente et partout les jeunes pousses de toutes formes explosent. Ce soir, le soleil est assourdi de nuages bas et denses et les rafales malmènent les feuilles naissantes. Mais l’Erable plane se donne tout de même en spectacle avec ses écailles de bourgeons rougissantes, telles d’étranges et captivantes fleurs exotiques (Acer platanoides, Sapindacées).
A la lumière du soir, se révèlent davantage ces funestes liaisons non consentantes, telles des tumeurs se multipliant d’années en années. Étendant ses suçoirs toujours plus profondément au cœur des branchages, le gui profiteur prospère tout en creusant petit à petit sa propre tombe. Plus tard, on pourra enjamber, gisant au sol, les cadavres encore soudés de ces arbres et de leur hôte parasite. Mais à l’instant, ils dessinent ensemble en ombres chinoises des tableaux saisissants (Salix fragilis et Viscum album, Viscaceae).
Prunelliers de nos haies et Myrobolan de nos jardins explosent en nuages pastels et c’est open-bar pour les pollinisateurs sortis de leur torpeur. Bien que luttant contre des températures tout juste propices à voler, les abeilles zigzaguent sur cette marée de fleurs providentielle, chargées de nectar et pollen à ramener à la ruche, promesses pour une nouvelle génération. (Prunus cerasifera, Rosaceae).
Même si l’on ne m’aime pas parce que je sais me défendre, j’ai veillé tout l’hiver, offerte au gel et aux coups de vent. Je vais bientôt faire peau neuve, mais je continue jusqu’au bout de hisser les couleurs, vert, jaune, rose et rouge dans la grisaille de cette fin d’hiver, petits drapeaux flamboyants faisant de l’oeil aux promeneurs épars (Rubus sp. , Rosaceae).
Les lichens. Ils étaient là au commencement de la vie sur terre et ils ont préparé le terrain pour ceux qui sont venus après. Et ils sont toujours là, dans les situations les plus arides ou les plus pauvres. Ils sont souvent les seuls à grandir là où aucune plante ne résiste, et s’ils ne dessinaient pas d’envoutantes auréoles, courbes ou arbuscules croissant au fil des ans, on les laisseraient pour matière inerte. Mais quel est leur secret ? C’est qu’ils ne sont pas un mais deux, voire plusieurs, à avoir passer un pacte dans l’adversité. Les lichens sont l’association réussie, la symbiose, d’un champignon abritant en son sein une algue unicellulaire (parfois pas toujours la même), la protégeant du dessèchement en échange du fruit de sa photosynthèse. A deux, on est plus fort, et on réussit même parfois ce qui parait impossible : vivre sur une roche nue, au temps où notre atmosphère ne nous protégeait que peu du rayonnement ultra violet!
La lumière n’était pas au rendez vous et la photo n’est pas très nette, mais je me devais de partager mon étrange rencontre du jour. Quel est ce dentelier qui dessine des résilles dorées sur ce vieux bois pourri? Ni plante, ni animal, ni champignon, cet être vivant étrange n’est composé que d’une seule cellule qui se déplace en formant des réseaux en quête de nourriture. Le couper en mille morceaux ne fera que donner mille autre blob; ni le froid ni le sec ne l’arrête (tout au plus se met-t-il en état de pause). Fort heureusement, il ne cherche pour pitance que bactéries et champignons. Il ne s’expose que rarement à la lumière, c’est pourquoi vous ne l’avez peut être jamais vu, mais il vit chez nous, comme partout ailleurs dans le monde! Si vous voulez en savoir plus sur le blob, vous pouvez suivre ce lien de l’Office National des Forêts : https://www.onf.fr/vivre-la-foret/+/131a::un-etrange-organisme-que-lon-peut-rencontrer-en-foret-le-blob.html (Physarum polycephalum, Myxomycètes).
Alors partez en promenade et ouvrez grand les yeux sur la beauté du monde végétal. Et surtout, ralentissez! Prenez le temps de vous laisser surprendre et envouter…
Que cette nouvelle année vous soit douce et sereine
Quand on y pense… divaguer au petit matin dans la campagne figée par ce gel largement en dessous de zéro, n’est ce pas pactiser avec l’ennemi? Ne suis je pas là que pour capturer quelques témoignages du froid à l’ouvrage et de son cortège de cadavres? Et pourtant, quel bonheur de découvrir ces courbes de cristaux ourlant les dernières feuilles et ces dessins dans la glace qui recouvre l’étang. Le soleil, complice, éclaire la scène de crime, la privant de toute révolte. Pourquoi suis je là comme un enfant les mains dans un bonbonnière? La faute à cette lumière de retour après une longue absence? La faute aussi peut être au monde végétal, qui sait mieux qu’un autre être magnifique dans l’adversité et jusque dans la mort.
Cette fois ci, c’est du sérieux et ça se voit. En une nuit, la glycine a fini par lâcher toutes ses feuilles, comme pour étaler une couverture à ses pieds. A la mangeoire, s’aventurent ceux qui répugnent habituellement à la proximité des hommes. Casse-noyaux et pics épeiches daignent se joindre aux petits passereaux pour leur part de tournesol, poussés par l’urgence calorique. Les plantes, chacune à leur façon, encaissent l’attaque foudroyante du gel. D’aucunes se pâment et courbent l’échine, comme mortes, d’autres arborent sans sembler sourciller leur parure de cristaux comme l’Origan. Pour la plupart, ce ne sera qu’une courte pause de plus. Tout est rodé, tout est merveilleusement prévu. Dans nos pays qu’on dit pourtant tempérés, la vie s’est si bien adaptée à ses conditions de vie contrastées, qu’on ne salue même plus la performance. Et pourtant, qui d’entre nous résisterait à ça, s’il était planté là dehors aujourd’hui? (Origanum vulgareaureum, Lamiacées).